
RIMBAUD, Mélodies pour quatre poèmes d’Arthur Rimbaud
Vendredi 6 novembre 2026.
« Larme » « Mémoire » « Aube » « Ma Bohême » Voici quatre Mélodies (musique Jeff/ia) pour quatre poèmes d’Arthur Rimbaud. (texte intégral sous chaque musique) La Poésie et la Musique sont tellement essentielles pour soulager un peu la maladie de Parkinson ou adoucir nos vies.
RIMBAUD
Musique Jeff/ia – Format WAV non compressé et sans perte





« Aube » est un poème en prose d’Arthur Rimbaud extrait du recueil des Illuminations, écrit entre 1873 et 1875 et publié en 1886
« Mémoire » est un poème d’Arthur Rimbaud composé à l’été 1872 à Paris, alors qu’il est âgé de 18 ans. Il fait partie de la série des Derniers vers (parfois rattaché au recueil posthume des Poésies)
« Larme » est un poème d’Arthur Rimbaud composé en mai 1872 et inclus dans le recueil des Derniers vers
« Ma Bohême » est un sonnet en alexandrins écrit par Arthur Rimbaud en octobre 1870, à l’âge de 16 ans, et constitue le dernier poème du recueil connu sous le nom des Cahiers de Douai
J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte.
Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois.
J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes,
Et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier,
Déjà empli de frais et de blêmes éclats,
Une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall qui s’échevela à travers les sapins.
À la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles.
Dans l’allée, en agitant les bras.
Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq.
À la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes,
Et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d’un bois de lauriers,
Je l’ai entourée avec ses voiles amassés.
La première entreprise fut, dans le sentier,
Déjà empli de frais et de blêmes éclats,
Une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall qui s’échevela à travers les sapins.
Et j’ai senti un peu son immense corps.
L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil…
Il était midi
L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance,
l’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;
l’ébat des anges ; — Non… le courant d’or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d’herbe. Elle
sombre, avant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche.
Eh ! l’humide carro tend ses bouillons limpides !
L’eau meuble d’or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d’où sautent les oiseaux sans brides.
Plus pure qu’un louis, jaune et chaude paupière,
le souci d’eau — ta foi conjugale, ô l’Épouse ! —
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.
Madame se tient trop debout dans la prairie
prochaine où neigent les fils du travail ; l’ombrelle
aux doigts ; foulant l’ombelle ; trop fière pour elle
des enfants lisant dans la verdure fleurie
leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme
mille anges blancs qui se séparent sur la route,
s’éloigne par-delà la montagne ! Elle, toute
froide, et noire, court ! après le départ de l’homme !
Regret des bras épais et jeunes d’herbe pure !
Or des lunes d’avril au cœur du saint lit ! Joie
des chantiers riverains à l’abandon, en proie
aux soirs d’août qui faisaient germer ces pourritures !
Qu’elle pleure à présent sous les remparts ! l’haleine
des peupliers d’en haut est pour la seule brise.
Puis, c’est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.
Jouet de cet oeil d’eau morne, je n’y puis prendre,
ô canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l’une
ni l’autre fleur : ni la jaune qui m’importune,
là ; ni la bleue, amie à l’eau couleur de cendre.
Ah ! la poudre des saules qu’une aile secoue !
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !
Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tirée
au fond de cet œil d’eau sans bords, — à quelle boue ?
Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers.
Dans un brouillard d’après-midi tiède et vert,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert !
Dans ce brouillard d’après-midi tiède et vert…
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise ?
Boire à ces gourdes de colocase vertes ?
Quelque liqueur d’or, fade et qui fait suer.
Je faisais une douteuse enseigne d’auberge.
Dans un brouillard d’après-midi tiède et vert,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert !
Dans ce brouillard d’après-midi tiède et vert…
Puis un orage vint changer le ciel !
C’étaient des pays, des cités, des fleuves,
Des superbes camps de bergers qui fuyaient au loin.
L’eau des bois se perdait sur les sables vierges.
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares…
Or ! tel qu’un pêcheur d’or ou de coquillages,
Dire que je n’ai pas eu souci de boire…
Que je n’ai pas eu souci de boire.
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! oh ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Un pied…
Tout près de mon cœur.
.
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